Mali : Crainte ou mépris d’Assimi Goita pour l’imam Mahmoud Dicko ?

Leader religieux de premier plan au Mali, l’imam Mahmoud Dicko réagit très souvent sur l’actualité politique dans son pays. Sa liberté de ton et ses critiques parfois acerbes contre la junte au pouvoir l’ont visiblement placé sur la liste des  personnalités jugées hostiles aux autorités militaires de Bamako. 

Il faut reconnaître que l’homme a très peu encensé la junte ces dernières années. On ne notera qu’une timide ovation à l’endroit des Forces armées maliennes (FAMA) et des officiers au pouvoir, lors de la prise de Kidal.

Ils sont « en train de bâillonner (le) peuple »
Outre ces félicitations, le leader religieux a passé le clair de son temps à critiquer les colonels. On se souvient de son meeting de juin dernier, où il les accusait de « bâillonner » le peuple. « Je ne collabore jamais avec des gens qui ont confisqué la lutte du peuple, et qui sont en train de bâillonner ce même peuple…Dans notre pays aujourd’hui, peut-on parler de justice, de démocratie, de droit de l’homme ? », s’interrogeait le célèbre imam. 
Dans la même période il s’est soulevé contre le nouveau  projet de constitution (finalement adopté par référendum), le qualifiant de « menace » pour l’Islam à cause du principe de la laïcité qu’il contient.

Ses sympathisants, vent debout contre le report des élections
En octobre dernier, la Coordination des mouvements, des associations et des sympathisants de l’imam a appelé les Maliens à descendre dans la rue pour protester contre le report des élections présidentielles. A travers cette marche, ils comptaient faire pression sur la junte pour installer une transition civile. 
Le mouvement de foule n’aura finalement pas lieu. Selon la presse malienne, le célèbre leader religieux a reçu une mission de bons offices des autorités politiques, coutumières et religieuses. Celle-ci aurait réussi à le convaincre de surseoir à cette manifestation. En tout cas, cette énième signe de défiance, a semble-t-il envenimé les relations entre la junte et Mahmoud Dicko. Sa récente visite en Algérie n’a rien arrangé. 

Reçu par le président algérien Abdelmadjid Tebboune
 En effet,  l’homme de Dieu s’est rendu dans ce pays maghrébin où il a été reçu avec tous les honneurs. Le  président Abdelmadjid Tebboune. lui a même accordé une audience. A Bamako, on n’a pas aimé voir son voisin dérouler le tapis rouge à un opposant.
Même si le pouvoir malien ne l’a pas cité nommément, il s’est plaint auprès de l’ambassadeur algérien,  de « ses rencontres » entre les autorités du pays maghrébin et des « personnes connues pour leur  hostilité au gouvernement » de la transition.

« La transition n’est pas éternelle »
Dans une vidéo enregistrée le 25 décembre dans un hôpital d’Alger, l’imam Dicko a laissé entendre que la junte parlait bien de lui. Ils ont parlé de personnes « hostiles à la transition », et non aux « autorités. La transition n’est pas éternelle » a déclaré le leader religieux. Il estime qu’on lui prête des intentions qui ne sont pas les siennes.
« On a même dit que j’ai rencontré le chef de la rébellion ici à Alger. Dieu m’est témoin que cela n’a pas eu lieu » a juré l’imam. Le religieux a par ailleurs révélé que l’Algérie avait convoqué toutes les parties prenantes de la crise au Mali pour dialoguer. Mais « certains ont refusé quand ils ont su » qu’il devait venir à Alger.

Le célèbre leader religieux n’a jamais été arrêté sous la junte
Mahmoud Dicko est-il devenu infréquentable ? Assimi Goita craint-il cet influent leader religieux ?
Il n’a échappé à personne que l’imam n’a jamais été inquiété depuis qu’il critique la junte. Les autres pourfendeurs des Colonels ne peuvent pas en dire autant. Des personnalités de la société civile comme « Rose la vie chère » et autre Ras Bath, ont été jetées en prison depuis quelques mois.
Le dernier à les rejoindre est le non moins célèbre prédicateur Chouala Bayaya Haidara. Le chef de la junte a-t-il peur de l’influence de Mahmoud Dicko ? C’est une question légitime qu’on peut en tout cas se poser. La seule mesure prise par les autorités maliennes contre l’imam, est le retrait de son passeport diplomatique.

Assimi Goita «  a refusé » de me recevoir 
 Si tant est que M. Goita ne craint pas le leader religieux, alors, qu’éprouve-t-il pour lui ? Du mépris ?  En tout cas, l’Imam a laissé croire dans sa vidéo que le président de la transition malienne avait refusé de lui accorder une audience alors qu’il voulait simplement lui présenter  un trophée reçu à la Mecque.

 « Après avoir quitté le Mali pour La Mecque, où j’ai été décoré d’un trophée, j’ai souhaité le présenter au chef actuel à mon retour. Cependant, il a refusé et par respect, je ne peux pas révéler sa réponse dans cette vidéo. Entre-temps les jeunes ont pris le pouvoir, et bien que nous ayons travaillé ensemble, depuis ce jour-là, je n’ai eu aucun contact avec les autorités actuelles. Ils ont coupé tous les liens avec moi », a révélé l’homme de Dieu.

Seneweb

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