L’ignorance enchaîne, la connaissance libère (Par Pr Mary Teuw Niane)

Petit à petit, à petites touches imperceptibles, le pouvoir conforte l’ignorance, l’incompétence.

Par des nominations qui ne sont pas fondées sur le parcours, sur l’expérience, encore moins sur les diplômes des personnes, femmes et hommes sont bombardés à des postes de responsabilité où rien ne les y prédestinait.

C’est comme si on voulait indiquer aux cadres, aux techniciens et aux intellectuels que leurs diplômes rutilants de connaissance ne servent plus à rien, ils ne sont plus d’actualité.

C’est aussi un message percutant au peuple : l’éducation et la formation ne servent plus à rien.

L’excellence est jetée dans la poubelle de l’histoire.

Est arrivé le temps de la médiocrité, le temps des médiocres arrogants, le temps où avoir un résultat positif dans la charge qui vous est confiée ne sert plus à rien.

Il est arrivé le temps où le seul critère de promotion dans l’appareil d’État est la soumission, l’acceptation explicite ou implicite de la troisième candidature.

Le pouvoir cherche-t-il à précipiter le Sénégal dans une marche forcée sur les pas de certains pays d’Afrique dans lesquels le Président est au pouvoir depuis plus de vingt ans sans pour autant que la population ne conteste ?

Sans doute les exemples ne manquent pas en Afrique centrale.

Penser un seul instant que ce schéma de maintien au pouvoir peut réussir chez nous est un signe de méconnaissance historique et culturelle du Sénégal.

C’est aussi l’illustration de l’incompétence intellectuelle des pieds nickelés qui nous gouvernent et de leur méconnaissance de l’histoire du Sénégal.

Ce pays est façonné par l’histoire de grands hommes et de grandes dames qui ont su porter très haut le flambeau contre la colonisation et contre le néocolonialisme.

Ce peuple est irrigué par les écrits de ses érudits, les paroles des communicateurs traditionnels qui chantent les hauts faits de nos hommes et femmes de savoir.

De l’Université de Pire, en passant par les prestations intellectuelles de El Hadj Oumar Foutiyou Tall lors de son pèlerinage à la Mecque, en passant par les œuvres magistrales de Cheikh Ahmadou Bamba MBacké, de El Hadj ibrahima Niass, de Cheikh Moussa Kamara jusqu’à Cheikh Anta Diop.

Ils sont nombreux les intellectuels qui ont écrit des livres en arabe, en français, en wolof et en pulaar.

Penser enterrer tout cela pour installer dans la durée la cacophonie des petits cerveaux, des petits bras, est synonyme de penser produire du lait de vache avec le lait des ifs.

Le peuple sénégalais a l’amour la connaissance.

Pour s’en rendre compte il suffit de voir l’engouement des populations aux cérémonies de graduation notamment celles des écoles coraniques.

Le pouvoir pense enchaîner le peuple Sénégalais en obstruant les voies d’acquisition de la connaissance, en promouvant les plus médiocres d’entre nous et, de fait, en encourageant partout les promotions de personnes sans mérite.

L’amour des Sénégalais pour la connaissance et la compétence, leur empathie pour les personnes excellentes dans leur connaissance et leur admiration pour les compatriotes à la compétence reconnue hors du pays, tout cela finira par dresser brutalement un barrage pour stopper cette tentative d’emprunter cette voie contre nature de déclin inéluctable du rayonnement de notre pays que les Présidents Senghor, Diouf et Wade ont construit patiemment.

Il est clair qu’un pouvoir qui persiste à tenter de conduire le Sénégal dans la voie de l’ignorance accélère tragiquement sa marche vers sa fin, la perte définitive de considération des Sénégalais et sera défait par la violente envie de connaissance qu’il aura imprudemment construit.

Paris, samedi 20 mai 2023
Prof Mary Teuw Niane

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